Honte de savoir

Les incultes méprisent la culture car elle les rappelle son ignorance. Là ou l’inculture et l’ignorance règnent, la jalousie et l’arrogance triomphent. Pour les pédants comme moi, cela devient une source de frustration permanente: on doit cacher la connaissance -quand on y pense-, si on se trouve au milieu de gens qui réagirait agressivement contre un argument trop érudit ou intelligent. Dans ces cas-là on doit se taire, fait qui, si bien difficile, est édifiant car il renforce les vertus de la patience et la modestie et encourage l’observation. L’inconvénient de ce règne de l’ignorance est la création d’une atmosphère sociale de refus pour tout apprentissage et sagesse. L’opinion triomphe au-delà de la science; la première demande du respect, même si, souvent, montre des attitudes pas du tout respectables; la deuxième reste marginée au statut d’opinion subjective, n’importe les preuves et démonstrations qu’on y ajoute. Un climat de ce genre détruit la curiosité, l’envie de lire et l’élégance de l’argumentation. C'est-à-dire, il finit avec la vie intellectuelle d’un pays et donne comme résultat des programmes télévisés où une bête journaliste acquiert plus de notoriété que tous les sages du siècle. Comme voulons-nous que les gens ne sentent pas honte de savoir, face à une masse d'abrutis spectateurs, innocents comme l’enfant qui vient de naître? Et oui, ça en plus: l’ignorant est très innocent et naïf; on se fout de lui sans qu’il se rende compte. S’il était aussi intelligent qu’il le croyait, les intellectuels deviendraient des ignorants, mais l’inculture, en plus d’audacieuse et destructrice, est vraiment candide. N’est ce pas par ignorance que la masse des élécteurs se laisse embobiner pour aller envahir leur pays voisin? N’est ce pas par inculture que les citoyens préfèrent se battre entre eux que s’unir et progresser? Tout ce troupeau d’experts qui nous tambourinent les oreilles jour après jour dans les média montre assez bien que pour opiner il faut être un expert et que ses propos sont «parole de Dieu». Malgré tout, l’Europe tombe sans remède, depuis quelques années, dans un relâchement educateur jamais connu. Croyez-vous que j’exagère? Regardez les fautes d'orthographe de vos fils et comparez-les avec celles de votre jeunesse; demandez-les pour la capitale d’un pays africain, pour le fleuve le plus long du monde, la montagne la plus élevée du continent, la date de la découverte de l’Amérique... Une défaite éducative et culturelle. Ces jeunes vont décider de l’état culturel de leurs descendants: pouvez-vous l’imaginer? Non, non! Il vaut mieux ressentir honte de savoir; lire en cachette; allumer la télé ou regarder son mobile de temps en temps pour ne pas avoir l’air d’un prof et se taire, puisque la vie c’est rien et on doit la passer tranquilles.

Comentarios

Entradas populares de este blog